Atyrau-Beyneu Kazakstan Fin
Ou la traversée du desert
Atyrau, ville kazakh de beaucoup d'habitants sur le bord de la Mer Caspienne. La population est essentiellement composée d'hommes, de femmes et de petits nains rigolos qui ne pensent qu'à vouloir essayer des vélos bien trop grand pour eux. Hormis le pont reliant l'Europe à l'Asie, l'intérêt touristique de cette ville est minime. Même ceux qui y résident sont d'accord sur ce point.
En revanche, le vrai intérêt d'Atyrau ne va pas faire notre bonheur. En effet, il s'agit d'une ville en pleine expansion économique, les occidentaux qui y passent sont là pour le bizness. De plus les prix varient du simple au double qu'on soit résident ou expat'. Nous ne sommes pas vraiment dans la bonne fourchette. Le moindre hôtel est hors de prix, d'autant plus que nous voulons nous reposer un petit moment avant d'attaquer le désert.
Heureusement, Murad ( cf. carnet précédent ) volera à notre secours en remuant ciel et terre pour nous trouver un appart pour 3 jours. Apres beaucoup de palabres téléphoniques Murad et Kekille nous dégotteront un appart’ avec le câble et toutes les facilités. Pendant toute la durée de la négociation Carlos, Boule et moi lutterons dehors, non pas pour préserver nos vélos, mais notre peau.
En effet, les moustiques d'Atyrau sont impitoyables. Certes, depuis le début du voyage les moustiques étaient présents mais ils arrivaient à peine à se frayer un chemin à travers les poils pour picoler un petit verre de sangria à notre santé. Ici, ces bâtards réussissent à piquer à travers les fringues. Un fois revêtu le Gore-Tex, indice maximal de protection anti-moustique, ces abrutis cherchaient encore à nous picoler. Bref, cette défense anti-aérienne n'était pas vaine. En fin de soirée, nous étions devant Fashion TV en buvant du Coca frais à la bouteille. Ben ouais quoi, vous ne croyiez pas qu'on allait se précipiter sur le balcon voler les étoiles du ciel pour les mettre dans des poèmes, co'eme. ( même si je soupçonne certains de réellement le faire de temps à autres)
Bref, on profitera du faible intérêt touristique d'Atyrau, pour recharger les batteries, boire et manger. Carlos et Kekille vont quand même faire un peu de shopping. Ils reviendrons avec de superbes chapeaux typiques n’entamant en rien leur capital séduction, on se demande ce qu’attend Hugo BOSS pour s'inspirer du folklore kazakh.
Murad nous emmènera dans un resto pour nous faire découvrir les spécialités locales. Bon, je vous rassure, même à la source, le caviar ne coule pas à flot. On a eu droit a l'équivalent d'une cuiller a café pour deux. C'est louche. Nous avons aussi eu droit à des chants traditionnels accompagnés d'une dombra ( sorte de banjo kazakh) et d'un accordéon ( sorte de piano à bretelles souvent accompagné d'une bouteille de blanc lorsqu'on en joue sur les bord de Marne)
Le jour du départ, ne pressentant rien venir d'anormal, je descends mon vélo en bas de l'immeuble en le portant sur l'épaule comme un mec normal. Un fois au rez-de-chaussée, me voila scié au milieu des cuisses. Les crampes sont de retour. Les Sicav de mon moral subissent leur plus gros crash boursier depuis Lougansk. Je tente de les faire disparaître par tout les étirements connus... hum... pas terrible. Je tente quand même de monter sur le vélo pour faire des tours de parking pour chauffer tranquillement mes jambes.
Bullshitt, au bout d'un quart d'heure je m'effondre juste devant Boule et Kekille et je leur demande de me masser ( le seul remède efficace trouvé par Dr Carlos parti acheter des clopes à ce moment-là ). Je gémis et me tortille de douleur, mes deux comparses me massent les jambes. En s'appuyant sur ma jambe avec son ventre, Kekille trouve un étirement qui me soulage énormément. J'hurle a Boulart "Oh oui prends la comme lui" et je lui donne un bon coup de pied dans les valseuses voulant juste accélérer la manœuvre. Tout le monde éclate de rire, sauf Boulart qui logiquement lâche ma jambe sous l'effet de la douleur, moi je me remets à gémir, et Kekille part en fou rire. Les badauds hallucinent. Heureusement, Carlos arrive peu de temps après, pour m'administrer un cacheton magique. 6 heures plus tard, je me réveille la gueule enfarinée pour un massage décontractant puis je me rendors. Merci la médecine. Nous prenons du retard sur le planning, mais l'attente devant la télé semble plutôt agréable a mes collègues. Merci les gars.
Le lendemain je ne ferai que 20 bornes sur les 100 prévus. Et oui je jette l'éponge. Kekille et moi terminons l'étape en camion pour arriver à Dosor. On mange et je me pause dans la chambre d'hôtes. Kekille inquiet préfère aller a la rencontre des deux autres au cas où il y aurait un problème mécanique. Ironie Dosor, lorsqu'il arrivera à la hauteur des deux autres acolytes, les caprices de la météo auront déclenché une averse de grêle. Kekille vire de bord, se positionne en tête de peloton et accélère en danseuse pour finir sur les fesses et entraîner ses deux collègues a terre. Fou rire (d'après ce qu'on m'a dit) et petites pizzas sur les postérieures de Boule et de Kekille. Rien de grave.
Boule et Carlos s'endorment comme des masses après la salade de maïs et de thon. A cause du retard pris en début de matinée, ils ont dû pédaler sous le cagnard entre midi et deux. Ce sera la dernière fois. Le bruit ayant couru la veille au soir que des cyclistes français traversaient le Kazakhstan, nous voila réquisitionnés pour une interview télévisée à 6h du mat. Par chance c'est le moment de la journée où nous sommes au top de notre élégance.
Le lendemain, on renfourche les bécanes. Pour ma part, la douceur est de mise, j'y vais comme si j'avais de la nitroglycérine dans les cuisses. Boule, Carlos et Kekille se sont partagés mes sacoches. J'ai pas trop droit de faire ma fiotte. Mais je ne ferai que 5 bornes avant de balancer mon vélo et un flot d'insultes qui doivent encore résonner dans le désert kazakh. Plusieurs sentiments se mêlent : la honte, les regrets et la peur. La honte d'avoir fanfaronné durant les mois précédant le départ : "130 bornes par jours mais sans problème voyons, les gars, vous nous prenez pour qui?". Je présente mes excuses aux gens à qui j'ai ri au nez. J'ai aussi beaucoup regrets de ne m'être entraîné que dans les bars du 5ème arrondissement. Mais le sentiment qui l'emporte par-dessus tout c'est la trouille de devoir arrêter le voyage ici. Car troquer mon vélo contre un Solex, c'est niet!
On se pose sur un lac salé, je vous rassure il était là avant que je me mette à chialer. Et puis d'abord , j'ai même pas chialé, alors... Bref. On réfléchit à la marche à suivre pour la convalescence de mes jambes en faisant des passes de rugby sur une terrain blanc immaculé. On est tous d'accord, la traversée du désert se fera en train de manière a ce que je retrouve la forme lors de la pause prévue en Ouzbékistan.
La guichetière de la gare de Dosor ne semblait pas très encline à nous faciliter la tâche. Mais à l'arrivée du train, elle nous indiquera le wagon de marchandise où nous attendent des collègues à elle. Alors que nous nous attendions au pire voyage de notre existence d'après les dires de certains, ce sera le plus cool. Un compartiment pour mettre les vélos, des toilettes avec douche improvisée et un compartiment avec "lit" de 2 mètres sur 4 pour manger, dormir, jouer aux cartes et tout et tout... tout en se laissant tranquillement glisser vers Beyneu, dernière ville Kazakh avant la frontière. En effet, prendre le train c'est une sacrée entorse à notre ligne directrice, mais quand on y pense, la route de la soie, la vraie, on la parcourait en caravane de chameaux avec une cargaison. L'ancêtre du wagon de marchandises. Bon, ben on est d'accord alors!
Taluuuuuuuuuuuuuuut.
Filours
| Voyages
|
mercredi 8 juin 2005 à 13:07 | #38
| rss

Commentaires
Le jeudi 9 juin 2005 à 10:31, par Tonio : V
Le jeudi 9 juin 2005 à 15:17, par Peña : V
Le lundi 20 juin 2005 à 08:55, par Nasique : V
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.