Tashkent - Bishkek
Un autre point de vue sur le voyage, extrait du carnet de route de Carlos...
Preambule au deuxieme depart : quitter l’aride et plat pays pour une petite rando a la montagne.
Ce que j’en attends : prendre de l‘altitude , retrouver mon ami Tchang , faire une ordonnance de Doliprane au Yeti , apprendre a changer une roue , a reparer un pneu , monter , descendre , remonter , redescendre , sans oublier pedaler , souffrir du cul , des cuisses , manger des trucs bizarres , et fumer ( un peu moins peut etre ) .
Le 14/06/05: TASHKENT
3 jours que l’equipe deluree et haute en couleur des velomamies a quitte le terriroire ouzbeck.
Depart nocturne ; sceance d’au revoir, devant l’aeroport , qui nous reprend ce qu’il nous avait apporte une semaine plus tot . Pas besoin de savoir lire sur les levres pour comprendre ce qui ce dit de l’autre cote de l’epaisse paroi de verre . Un depart de merde quoi . Voila . Pas vraiment envie de m’etendre.
Retour a l’hotel dans bus vide . Fin de soiree silencieuse autour d’une partie de cartes , un cahors et une boite de pate. Personne n’a vraiment envie de parler .On ne s’eternisera donc pas . Dodo.
Le lendemain , reveil difficile bien que tardif .Ca me fait chier , mais faut bouger : hotel, visas, velos . Je me trimballe un bouquin dans lequel je fourrre mon nez a la moindre pause pour eviter d’avoir a parler . J ai envie de rien , je veux surtout qu’on me foute la paix. Je ne suis visiblement pas le seul …. Le groupe , trop fraichement ampute , traine des roues dans un Tashkent surchauffe de debut d’apres midi. Bilan : 1 journee pour degoter un plan de la ville . Mauvaise langue. Nous trouvons egalement , grace au contact rugby local, notre nouveau logement , un trois pieces spacieux avec tout le confort moderne , trois pieces dans lequel nous vegetons depuis, et duquel j’ecris .
Le 16/06/05:TASHKENT
Ces journees sont longues a ne rien foutre . Et cette chaleur … sieste obligatoire l’apres midi . Je ne vis qu a partir de 20h ou je m’active a faire les lessives du groupe . Les taches menageres ne sont pas sans noblesse …et puis y a une machine .
Les murs de cet appartement situe au dernier etage renvoient a la nuit tombee la chaleur emmagasinee en leur sein durant la journee sous l’action d un soleil ouzbeck en grande forme . Il fait encore chaud . Ca perle sur mon front rien qu en grattant sur le carnet .Et merde , ca tache.
Decision est prise apres consultation de toutes les ambassades concernees de repasser au Kazakstan , plus sur que que la valle de Fergana , pour joindre Bischkek . Reste a attendre ce nouveau visa . Attendre , c’est a dire se vautrer dans le canape et suer de partout en regardant une tele que je ne comprends pas , mais bon , c’est quand meme la tele .
Le 17/06/05:TASHKENT
Les sacs sont alignes , dans le couloir d’un appartement brique, astique , aspire. Pres pour le depart demain . Dernieres etapes avant la montagne tant attendue . La mise a mort du dernier bout de saucisse seche et du cassoulet en boite a eu lieu il y a quelques heures , c’en est fini des petits morceaux de france . Ne reste de la tornade familiale qu’une encombrante bouteille de wisky . Apres discussion ( tout s’organise toujours autour de discussions dans cette vie a quatre ; de qui dormira par terre , a qui finira le coca , de l’interet de faire 30 km de plus , au choix du meilleur lieu pour une pause pipi, tout se negocie ) , il est decide d’emporter le precieux alcool , qui ne nous est pourtant d’aucune utilite .Peut etre pour un cadeau alors .
Le 18/06/05:Sur la route de SHIMKENT
Pause sur le bas cote de la route . Mon engin s’est emballe , j’attends donc mes compagnons en regardant les sommets enneiges du Pamir ( je crois , je suis pas sur ) .Trois silhouettes se profilent a l’horizon alors qu’une masse nuageuse bien sombre , avec eclairs et craquements se dirige droit sur nous . Les voila enfin . On me confirme qu’une crevaison a ralenti le peloton.
Le 19/06/05:Sur la route de SHIMKENT , Col de Quyzargut
Nous n’allames pas bien loin apres les quelques lignes d’hier . Rapidement , un puissant vent se leva, projetant sur nos cuisses et nos mollets , qui n en demandaient pas tant , des milliers de petits grains de sable . Progression rendue impossible devant cette cataracte de poussiere nous masquant la route et d’ou emergeait parfois une paire de phares . 300 metres encore et un petit cafe nous accueillit pour la nuit ,sommeil agite par le bruit du sifflement du vent , des portes qui claques et de la taule ondulee qui n en finit plus d’onduler .
Le 20/06/05:SHYMKENT
Arrivee dans la ville hier , en fin de matinee .Toujours le meme bordel , se trouver un logement peu onereux , contacter l’equipe de rugby locale.” Ca repond ?”Demarches toujours fastidieuses . “Non , ca repond pas .“ Allure de quete du saint Graal .”J’rappelle dans 1 heure.”Ca prend du temps , alors que tu voudrais pouvoir enlever rapidement ton maillot puant , ton cycliste collant , et laisser respirer ton corps quelques minutes avant de prendre une bonne douche . Ah ! Quel bonheur de pouvoir etre a poil apres l’effort . Ah ! Quelle joie de laisser l’air chatouiller cet entre cuisses comprime par la selle , etouffe et irrite dans ce short en nylon avec couche integree vite trempee de sueur . ( Note du transcripteur : apres avoir note des les premieres lignes la pauvrete de style de l’auteur , le lecteur peut , a ce moment du recit , remarquer la pauvrete des themes abordes : le fond de ce recit est aussi creux que sa forme .) .
L’instant de deliverance arrivera quatres heures apres avoir passe le panneau SHYMKENT , dans un appartement a la cuisine sans frigo , aux sanitaires moisis , et a la decoration discutable . Levant mes yeux du carnet , je tombe sur un poster decouvrant un champion a casquette , medaille a la main , le cul sur sa monture a V8 , le tout relevant un magnifique papier peint a fleurs , marronnasse , d’epoque fin Brejnev .
Entrainement rugby dans 2 heures . Fin d’apres midi promettant d’etre virile , sportive , mais correcte .
Le 21/06/05:sur la route de TARAZ
On sent que les vraies difficultes sont proches .Les cotes s’enchainent . C’est au sommet de l’une d’elles, un peu plus longue que les autres , que nous nous octroyons cette petite pause coca . Je me suis fait doubler par un vieux car francais qui a decide de prendre sa retraite dans la region . On croise souvent dans ces contrees reculees d’asie centrale un courrier Vendeen, un transport Robert , un rapide de l’Ain . Petit clin d’oeil d’une patrie qui ne me manquerait pas si ….
Le soir : a 110 Km de Taraz . Ce fut une bonne journee . Les paysages se diversifient. Les montagnes sont sur la droite , avec la neige , tout en haut , inaccessible , et au fur et a mesure , apparaissent des montagnes , sur la gauche … Elle arrive la grande explication et son cortege de fatigue .Meme pas peur . Ma seule inquietude , c’est Boule . Voici plusieurs jours qu’il s’est enferme dans un inexplicable mutisme . Son visage mat n’affiche plus aucune expression . Aurelie lui manque ? Nos tronches lui reviennent pas ? Je peux comprendre . Combien de fois la seule vue d’un de mes comperes barbus m’a donne des boutons . Ce manque perpetuel d’intimite pese . Dormir , manger , pedaler , ensembles , en groupe , a quatre , tout le temps , tous les jours . Mais tant de temps sans parler . Autre chose ?
La surprise de la fin de journee , dans un petit village kazak . Nous arrivons au milieu des betes rentrant des champs , des tracteurs , des odeurs de bouses ,au soleil couchant . Mon cote cul terreux est ravi . 200 m . Un cafe sur la gauche . Manger . Nous tombons sur un bal de fin d’annee , le cafe est transforme pour l’occasion en salle des fetes avec dance floor et boule a facettes . Alors que nous mangeons , les convives arrivent par petits groupes . Ce que je vois debarquer n’est pas vraiment ce que j’attendais . C’est la grande classe , tranchant radicalement avec mes premieres impressions a l’entree du village . Les hommes , costumes sombres parfois trop grand et cravate de rigueur . Pour les femmes , c’est le grand jeu . Gantees jusqu au dessus du coude , elles arborent de veritables robes de gala a la Scarlett Ohara , toilettes de princesses se rendant au bal des debutantes , parures de bijoux , et coiffures piece montes .Les proprios , debordes par le travail , ne peuvent nous recueillir pour dormir. Nous reprenons les velos dans la nuit.
Le 22/06/05:a 100 km de TARAZ
Petit dejeuner “Petit Beurre “ et chocolat dans une station service . Et oui , a cette heure ci , personne d’autre ne nous sert . Je precise qu’il est 5 heure du mat ….
Le 23/06/05:AQYRTOBE
Pause repas . Redaction sous les yeux d’une petite Bjork de 6/7 ans . Timide la bougre ; des que je leve les yeux , elle fait genre je regarde ailleurs . Sur ma gauche , Philou dort , repu , bouche ouverte . Etrange village dans laquelle nous sommes arrives . Une rue prinpale en terre battue de 300 m bordant des dizaines de petits restaurants , echoppe a brochettes , debit de the noir . Nous n’ecoutames point les discours des tenancieres se precipitant dans nos roues pour nous vanter les merites de leur cuisine . Le choix du resto se porta sur celui dont la proprio ne bougea pas son cul a notre passage . Et ma foi , j’en suis plutot satisfait .
Le soir : grosse journee au final . 160 bornes au compteur . BISHKEK est a un jet de pierre . Boule ne se deride pas. Il m'inquiete. Avoir une explication avec lui , comprendre ce qui ne tourne pas rond .
Le 25/06/05:Frontiere Kasak-Kirgiz
Nos papiers ne sont pas en regles . On le savait . Nous voila coinces chez les Kazaks , pour combien de temps?
1 heure apres : le douanier nous a d’abord explique qu’il nous fallait payer 130 Dollars par personne , tout en nous menacant d’un sejour en prison …. Apres negociation , on s’en tire pour 100 dollars , pour 4 , en liquide , grace a la monstrueuse gentillesse de l’enorme kepi vert qui tourne les pages de nos passeports en engouffrant les billets dans sa poche ….Apres avoir duement remercie le fonctionnaire pour l’exemplarite des services de son administration , nous repartons , nous enfoncant dans le dernier pays russophone de notre periple . Bientot la fin du calvaire d’interprete pour Kekille .
Le 26/06/05:BISHKEK
Recette de cocktail dans un cafe . Nom de la douceur : “ Exotic cocktail “ . Composition de la douceur : 1/3 Coca Cola , 1/3 Sprite , 1/3 Fanta orange , le tout releve d’une boule vanille . Les meilleurs idees sont souvent les plus simples . Pas vraiment l’exotisme que j’attendais dans cette zone du globe . Et pi , ca manque un peu d’alcool.
Le 01/07/05:BISHKEK
1 semaine deja .L’appartement est maintenant un savant melange de chambre d’etudiant de cite universitaire et d’atelier velo. Sacs eventres , cendriers pleins , pneux , bouteilles de bieres vides , restes de bouffes , tas de linge sale . Ah , non . Apres avoir inspecte puis inhale ce Tshirt , ce slip , ils feront bien une journee de plus . De tout facon , personne n a envie de faire de lessives .
1 semaine a BISHKEK. 1 semaine d’oisivete imposee par le consul chinois . Suspendus au bon vouloir d’un petit fonctionnaire . Sans doute connait il la route que nous souhaitons empreinter . J’imagine que le retard pris dans la delivrance des precieux sesames n’est qu’une ruse pour nous forcer au repos avant d’affronter la montagne . Suspendus au bon vouloir d’un trop prevenant fonctionnaire ?
BISHKEK peut se parer, balayer ses rues, astiquer ses montagnes , elle ne me plait pas puisque j'y suis retenu contre mon gre.
Le point positif , c’est qu’on a retrouve Boule. Il sourit enfin le lascar, et ca fait du bien. Un coup de telephone d’une personne bien placee a reussi la ou Kekille , Philou et moi avions echoue . Manque plus que 4 visas .
Carlos
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dimanche 3 juillet 2005 à 14:38 | #52
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Commentaires
Le lundi 4 juillet 2005 à 02:44, par henri : V
Le lundi 4 juillet 2005 à 04:52, par Filours : V
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